catalogos

Habituellement une peinture (ou une autre oeuvre) est réalisée (peu importe que la conception lui soit antérieure ou non), puis exposée (mise au monde, dans le monde), puis vendue. De la vente, l’artiste ne veut le plus souvent pas parler. Comme si c’était honteux. Pourtant, pendant la vente, quelque chose de très étonnant est produit: le tableau devient l’équivalent d’une certaine somme d’argent. L’artiste accepte que le tableau, l’oeuvre originale, qualitativement unique, singulière, soit équivalente à cette chose universelle, ne comptant que par sa quantité, l’argent. Pendant la vente, la plus grande singularité égale la plus grande universalité.

Dès lors se posait pour moi la question de la valeur. D’où vient-elle? Qui la fixe? Comment? J’aurais voulu que ces questions ne soient plus périphériques au travail mais en soient le coeur ou la charpente. C’est ainsi que je commençai à travailler sur le projet du « Catalogos ».

Je voulais qu’il soit distribué comme un « toutes-boîtes ». Je voulais que chacun le reçoive comme il reçoit les publicités de la grande distribution, qu’ainsi, pour une fois, on ne suppose plus que nos désirs se limitent à vouloir acquérir des petits pois plus gros ou moins chers ou un GSM plus petit et plus sexy, mais que nos désirs relèvent aussi de l’utopie. L’adresser à tous était une manière de montrer que nous sommes tous concernés par l’art. C’était considérer chacun, non seulement comme spectateur potentiel, mais aussi comme acteur, et ce, même si, de prime abord, ça le laisse indifférent.

Il y a eu une exposition à Sittard (Pays-Bas) pour laquelle Guy Massaux et Luk Lambrecht me proposèrent de produire le Catalogos.

Le site s’est imposé comme une alternative possible afin de relancer ce travail plus tard, sous une autre forme.

L’oeuvre, le travail se présente d’abord dans son mode de fonctionnement, ce en quoi il se constitue comme une actualisation. Il y est question d’empreintes de peinture, d’empreintes toujours doubles où l’une est l’image inversée de l’autre et vice-versa. C’est ainsi qu’est apparu la nécessité d’investir également les questions de la reproduction de l’oeuvre et de l’argent comme équivalent de l’oeuvre lors de la vente.

Les oeuvres proposées à la vente dans ce site Catalogos ne sont pas différentes de celles que l’on pourrait acquérir dans une galerie ; c’est l’acte de l’achat qui est modifié. Il est proposé d’acheter une oeuvre les yeux fermés, sans l’avoir vraiment vue, en n’en voyant qu’une image qui ne permet aucunement de la saisir visuellement, sans connaître ses limites, sans même savoir toujours s’il s’agit d’un objet, d’une image, d’une oeuvre virtuelle encore à actualiser. On peut parler d’un déficit de visibilité. Ce déficit est nécessaire pour que l’achat lui-même prenne un relief suffisant, pour que ce soit, dans l’acte d’achat, dans l’échange, dans l’attribution de la valeur, l’achat lui-même qui se montre comme faisant partie de l’oeuvre. L’acheteur est mis dans une situation semblable à celle de l’artiste : il avance à l’aveugle.

D’autre part, une ambiguïté persiste sur le statut même du site « Catalogos » : oeuvre ou support de présentation d’oeuvres ? En tant que présentation, publicité, il n’est pas très efficace : les objets sont mal mis en valeur. En tant qu’oeuvre, il est également décevant puisque, à l’exception d’une page qui se déclare être une oeuvre, il ne fait que référence à d’autres oeuvres.

il se pose comme témoin, comme simple témoin d’un accident : l’échange, la redistribution à la fois formelle et symbolique a bien eu lieu. C’est en ce sens que « Catalogos » est aussi une oeuvre, une oeuvre gratuite et sans valeur qui parle d’argent et de valeur.

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