Classement diagonal /diagonal listing

Le livre « Classement diagonal », réalisé après l’exposition sous forme d’installation narrative du même nom1, propose une nouvelle modalité de construction et d’assemblage des matériaux qui y étaient montrés. ll n’est ni un catalogue qui accompagne et prolonge l’exposition, ni un document destiné à en garder la trace ou à en constituer la mémoire. Il s’agit d’une actualisation sous forme de livre de matériaux textuels et visuels en grande partie identiques ou similaires. L’enjeu de la reprise et de la réactualisation sont importants pour ce travail dont le sujet est étroitement lié à ces pratiques. Je suis très heureux d’avoir pu y travailler avec la graphiste Loraine Furter.

Le titre se réfère au classement du champ de bataille de Waterloo, premier bien préservé en vertu d’une loi en Belgique. Il assemble une série de faits et de récits construisant de multiples rapports entre le champ de bataille, les terrains de golf, le développement du tourisme, la colonisation, la préservation du patrimoine, la représentation de l’histoire et la normalisation. Cette disparité apparente permet d’interroger les stratégies de normalisation destinées à figer ce qui fuit continuellement.

Le livre est publié aux éditions la lettre volée.

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1« Classement diagonal » a été présenté au BPS22 à Charleroi dans le cadre de l’exposition Panorama, de septembre 2016 à janvier 2017, sous commissariat de Nancy Casielles.

classement diagonal

Classement diagonal, co-produit par le  BPS 22,  a été présenté à Charleroi dans le cadre de l’exposition Panorama, de septembre 2016 au  22 janvier 2017, sous commissariat de Nancy Casielles.

Installation narrative et plastique constituée de documents, de copies de documents, de photographies, de vidéos, de textes, de tissus et d’étiquettes, Classement diagonal propose des récits qui se croisent, s’enchainent, se comparent, se bousculent, coexistent, se combinent et  font histoires.

La toute première « chose » que l’État belge a souhaité protéger officiellement et juridiquement afin de s’assurer qu’elle soit conservée pour la postérité est le site de la bataille de Waterloo. C’était le 26 mars 1914, à la veille de la première WW.

Les débats parlementaires de l’époque, passionnants, montrent que le champ de la bataille de 1815 peut représenter une chose et son contraire. Ainsi, si certains parlementaires estimaient qu’il fallait protéger cet immense cimetière par respect pour les morts et afin qu’on arrête d’y construire des bâtiments commerciaux pour touristes ( le Panorama de Dumoulin venait d’être construit), d’autres expliquaient qu’il fallait le garder au plus près de son état de 1815 pour que les touristes continuent à le visiter. Cette loi résulte de représentations contradictoires trouvant à se réaliser dans cette protection. Le fruit du hasard en quelque sorte. (voir la vidéo des débats parlementaires de 1914: un train de sénateur est-il électrique?)

Habitant le plus souvent à proximité d’un champ de bataille plus ou moins célèbre, des hommes et des femmes, prennent l’habitude de se réunir à l’anniversaire de ladite bataille, afin de participer à sa reconstitution en signe de commémoration. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il l’est néanmoins suffisamment par son ampleur pour que l’on s’intéresse à lui. D’une part  les reconstitueurs tiennent à ne pas être confondu avec des acteurs ou des figurants,  d’autre part par ils se soumettent à l’ordre du détail : les règlements militaires qui permettent une reconstitution rigoureuse. (Voir la vidéo des reconstitueurs : les détails de l’histoire)

D’un côté, nous avons un acte de résistance face à l’action du temps et ses aléas (le classement), d’un autre côté nous avons un intérêt pour vivre selon un modèle passé sans rien laisser au hasard (la reconstitution) et par ailleurs nous avons la contingence, le hasard, qui ne peut faire autrement que s’interpréter comme résultant d’une intention.

« Classement diagonal »  met en évidence la contingence : le classement s’intéresse à la topographies du terrain, aux pentes. Comme sur les terrains de golf, dont la concentration est la plus importante de Belgique dans cette région. Les terrains sont dessinés de manière à susciter des stratégies de jeu pas très éloignées des stratégies militaires de l’époque. Par ailleurs les obstacles et modifications du terrain doivent sembler naturels. Les golfs imitent donc la nature. Les mini-golfs prennent les golfs pour modèle. Les reconstitueurs, revivent la vie des soldats et des civils d’il y a deux cents ans. Le panorama de Dumoulin, à l’origine du classement de 1914, est aujourd’hui classé. Il vise à plonger le spectateur au cœur de la bataille. Comme si vous y étiez. Comme le nouveau mémorial de 2015. Léopold II a acheté la tour japonaise et le pavillon chinois du Tour du monde de Dumoulin, peintre des colonies. Restent les villages noirs et le musée de Tervuren.

 

Voir introduction à Classement diagonal.

Voir aussi le détail des moments:

Classement diagonal 1  l’abandon

Classement diagonal 2 dessiner un parcours

Classement diagonal 3 démocratisation

Classement diagonal 4 restauration patiente

Classement diagonal 5 le panorama

Classement diagonal 6 la visite du roi

Classement diagonal 7 l’oubli de Cézanne

Classement diagonal 8 le champ de bataille

Classement diagonal 9 la valeur indiscutable

Classement diagonal 10 la marchande de souvenir

introduction à classement diagonal

La Nomination

  • En France, ou en Suisse, j’habite un nom commun. En Belgique, c’est un nom propre.
    Les noms utilisés pour désigner des lieux, les toponymes font partie des noms propres. Contrairement au nom commun, un nom propre désigne toute substance distincte de l’espèce à laquelle elle appartient. Il n’a de signification qu’en contexte.
    Certains toponymes passent de la catégorie des noms propres à celle des noms commun. Les plus connus sont des noms de produits dont l’appellation contrôlée est étroitement liée à leur localisation géographique : un champagne, un bordeaux, un gruyère.

Continuer la lecture de « introduction à classement diagonal »

vidéo de classement diagonal

Panoramicma(c)

En 1912, Louis Dumoulin, peintre de la Marine française, avec la collaboration de peintres militaires ainsi que d’officiers des différentes puissances, réalise Le Panorama de la Bataille de Waterloo, toile circulaire de 110m. sur 12m. de haut comprenant de nombreux avants-plans tridimensionnels, dans un bâtiment érigé pour l’abriter au pied de la Butte du Lion. Louis Dumoulin est actionnaire de la société propriétaire créée à cet effet qui est notamment composée de l’administrateur délégué des chemins de fer vicinaux de la place Rouppe à la Petite Espinette, Jules Hendrix qui souhaitait construire une ligne de tramway jusque à Waterloo. Le Panorama lui assurait des voyageurs.

Les cartes postales sont éditées par P.I.B. rue des Etangs-Noirs, 83-85. Bru. Elles portent la mention: « Tram électrique Bruxelles (Place Rouppe) p. Waterloo-Lion ».

 

 

Sénat

La première « chose » que l’Etat belge a souhaité protéger officiellement et juridiquement afin de s’assurer qu’elle soit conservée pour la postérité est le site de la bataille de Waterloo. La loi pour la préservation du champ de bataille de Waterloo a été promulguée le 26 mars 1914, à la veille de la première WW. Ce n’est que dix-sept ans plus tard, le 7 aout 1931, que la loi sur la conservation des monuments et des sites est votée, et donc qu’une véritable politique générale de protection de monuments et des sites peut être mise en place.

Cette vidéo re-actualise 4 discours prononcés par les Sénateurs Magnette, Libouille, Vinck et Wiener lors de l’approbation de cette loi.

Les détails de l’histoire

De plus en plus d’hommes et de femmes habitant le plus souvent à proximité d’un champ de bataille plus ou moins célèbre, ont pris pour habitude de se réunir à l’anniversaire de ladite bataille, afin de participer à sa reconstitution en signe de commémoration. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il l’est néanmoins suffisamment par son ampleur pour que l’on s’intéresse à lui. Il me semble poser question d’une part dans son rapport à la représentation ( les reconstitueurs tiennent à ne pas être confondu avec des acteurs ou des figurants), et d’autre part par ce qui me semble être une soumission à l’ordre du détail (les règlements militaires qui permettent une reconstitution rigoureuse).

French practice

Montage associant la moitié supérieure des images et la bande son de « à bout de souffle » au bas des images et aux sous-titre de « Breathless » ; de manière subsidiaire, certaines scènes y sont comparées en étant présentées successivement. Le but étant de trouver des points de synchronisation et de les présenter comme tels, l’ajustement crée des « trous » côté français ou côté américain, ce qui a conduit à montrer  l’un ou l’autre pleinement. il n’y a pas de modification de l’ordre des deux films.
« Breathless » est le remake américain d’ « à bout de souffle ». Il date de 1983. Richard Gere y joue le rôle de Belmondo,  Valérie Kaprisky celui de Jean Seberg.

Le film a été distribué en France sous le titre  « à bout de souffle made in USA ». Certains Français ont donc découvert « à bout de souffle » en regardant cette version. Ce film pose la question de la valeur de l’oeuvre et de l’écart de la réception entre deux continents, de la traduction qui, ici, est une traduction d’image, de contexte, voire de récit.… L.A. a pris la place de Paris, l’architecture a pris la place du journalisme qui pointe vers la littérature, etc…Breathless est construit sur un modèle qu’il suit scrupuleusement. « A bout de souffle » est le mode d’emploi qui a permis à construire « Breathless ».